Fourrer le chien [furé le Sjê]

Fig. A. Chiens.

[furé le Sjê] (loc. verb. ATT.)
Il est admis que le français québécois tel qu’il se parle aujourd’hui est la langue parisienne du XVIIᵉ siècle. Nous ne nous étendrons pas sur les explications, nombreux sont les doctes ouvrages qui sauront vous renseigner plus avant si nécessaire.

L’accent français de France aurait évolué quand celui du Canada serait à peu près demeuré dans son jus¹. Dès lors, on peut déduire que les expressions actuelles des habitants du deuxième pays francophone du monde datent elles aussi du XVIIᵉ, et sont ce faisant pour partie surannées.

C’est bien là le seul raisonnement valable (sauf à basculer du côté obscur du traitement affligé au monde animal, ce que nous ne saurions faire) pour expliquer l’usage de fourrer le chien.

Rassurons de suite les défenseurs de nos 30 millions d’amis à poil, fourrer le chien signifie simplement perdre son temps, glander, tenir les murs (pour les djeuns’). On peut imaginer par exemple que pendant la Fronde, Mazarin considéra plus d’une fois qu’il était en train de fourrer le chien; ou que Louis XIV en décidant de changer les règles de l’ancien régime après la mort de son premier ministre se dit qu’il avait assez fourré le chien et qu’il était temps de réformer la monarchie.

Nota bene : un chien peut très bien lui aussi fourrer le chien.

Oui, tout cela est possible et c’est la langue de nos cousins d’outre-atlantique qui nous le dit.

Car si fourrer le chien est bel et bien suranné de ce côté de l’océan, il est encore vivace à Québec, à Gautineau et à Sherbrooke où, sans mettre en péril l’intégrité d’un seul teckel à poil ras, sans que la moindre idée d’une innommable perversité traverse l’esprit d’un amateur de bergers allemands, on fourre le chien chaque jour.

On estime qu’en France l’expression devient surannée en 1754, lorsque Rousseau rappelle dans son Discours sur l’inégalité que l’homme a commencé sa carrière comme animal, et que ce dernier devrait participer au droit naturel. Il devient alors compliqué d’utiliser fourrer le chien comme synonyme d’une attente trop longue.

Croquer le marmot qui datait du siècle d’avant fourrer le chien reprend donc du service puisqu’il est toujours question de patienter plus qu’il n’en faut dans bien des situations et qu’il faut trouver un moyen de le dire sans s’énerver.

¹Une bonne imitation de Louis XIV se fait donc avec l’accent de la Nouvelle-France et non un ton ampoulé façon bourgeoisie précieuse et ridicule.

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