Écrire comme un notaire [ékrir kòm ê nòtèr]

Fig. D. In vino veritas.

[ékrir kòm ê nòtèr] (loc. verb. LEX.)
Avant tout connu dans le monde de l’expression surannée pour sa fameuse cravate (mais ceci est une autre histoire), le notaire fait aussi l’objet d’une seconde locution désuète au sujet de laquelle circulent plusieurs interprétations.

Écrire comme un notaire signifie pour les uns écrire rapidement, pour les autres écrire en formant son plein et délié conformément à l’enseignement reçu à l’école élémentaire de la République, et pour certains rédiger savamment (voire avec complexité) de simples et souvent dernières volontés.

Débuter une partie de ses écrits par is de cujus successione agitur aide en effet assez peu le commun des mortels à entrer dans le sujet, même si nemo auditur propriam turpitudinem allegans. Mais tout de même, nemo dat quod non habet et ceci vaut pour la connaissance comme pour les biens.

Lecteurs djeuns’ qui n’avez pas fait vos humanités, vous voilà ébaubis : normal puisque c’est écrit comme un notaire. Cette surprise teintée d’une certaine admiration pour la locution latine (il est en effet toujours agréable de regarder une belle locution) est celle qui permet aux tenants d’écrire comme un notaire synonyme de scribouiller doctement, de tenir la dragée haute à ceux qui n’hésiteraient pas à promouvoir des interprétations a falsis principiis proficisci, les coquins.

En effet, qui peut sérieusement prétendre que les notaires furent les gardiens d’une écriture nuancée de diverses épaisseurs couchée sur un lignage Seyès ? Ab esse ad posse valet, a posse ad esse non valet consequentia ! Certes le notaire était lettré mais abistis, dulces caricæ : depuis belle lurette chacun a appris à tenir sa plume Sergent-Major.

Quant à ceux qui professent qu’écrire comme un notaire signifie écrire vite, affirmanti incumbit probatio

Quel qu’en ait été le sens, écrire comme un notaire est désormais suranné.

La plume a rejoint la cravate susnommée dans le vestiaire de l’officier public. Le notaire est moderne : il possède un ordinateur portable, une tablette, un Smartphone. Il envoie des e-mails et fait bien attention à ne pas les truffer de latin : ça pourrait passer pour un spam.

Sic transit gloria mundi.

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