Avoir les yeux bordés de jambon [avwar léz- jö bòrdé de Zâbô]

Fig. O. « Lendemain de fête », anonyme.

[avwar léz- jö bòrdé de Zâbô] (loc. comp. CHARCUT.)
Si dans le cochon tout est bon comme le clame haut et fort la filière porcine inventeuse de la réclame avec la rime qui fait vendre, cela sous-entend tout de même bon à la consommation.

Pas bon à la décoration (un pied de lampe en pied de porc est du plus mauvais goût par exemple), pas bon à l’expression (renifler comme un cochon vous fera vite passer pour un cuistre) et encore moins bon au teint : avoir les yeux bordés de jambon c’est avoir le visage de ce rose strié de rouge et irisé de vert qui laisse plus à penser que l’on vient de contracter une maladie rare ou que l’on a omis de procéder à une toilette faciale même la plus bénigne.

Avec avoir les yeux bordés de jambon on a affaire une nouvelle fois à l’une de ces locutions créées par l’observation attentive et la mise en perspective. Une expression frappée au coin du bon sens car, de fait, qui a passé une nuit festive à se piquer la ruche et à peindre la ville en rouge arbore une trogne aussi colorée qu’une tranche de jambon.

Notons cependant que celui qui, par bravade ou inconscience, aurait souhaité récolter du miel sans chapeau de protection, ou celui qui, par inconscience ou par bravade, aurait interpellé tel champion du monde du noble art catégorie poids-lourds sur son incapacité supposée à résoudre des équations du deuxième degré, a aussi les yeux bordés de jambon. L’alcool n’est pas l’unique source de tous les maux en ce bas monde.

Se déployant grâce aux efforts conjoints des acteurs de l’apéritif et des saucisses cocktails réunis, avoir les yeux bordés de jambon connu ainsi de longues et belles années de règne, notamment dans la bouche des petits pères la morale jamais en retard d’une remarque désobligeante quand, précisément, mal de tête et gueule de bois annihilent toute capacité empathique.

La découverte de l’extraordinaire rapport mensonge-prix¹ sur le marché de la beauté et de la cosmétique à l’orée de l’ère moderne condamnera avoir les yeux bordés de jambon au suranné. Crèmes anti-rides, huiles de jeunesse, sérums d’éternité, onguents de séduction, émulsions vitaminées C, ne pouvaient décemment exprimer leur valeur en clamant qu’avec eux c’en est fini d’avoir les yeux bordés de jambon. Ce ne serait pas vendeur.

¹« Plus le mensonge est gros, plus le produit est cher », in Marketing and consmetic : the gold rush, 1976.

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