Réformer le calendrier [réfòrmé le kalâdrijé]

Fig. 12. Décret n° 2016-238 du 3 mars 2016 relatif aux attributions déléguées au secrétaire d’Etat chargé de la réforme de l’Etat et de la simplification.

[réfòrmé le kalâdrijé] (loc. verb. OCTOB.)
Si l’ambition (confondue par les médiocres avec le rainurage dentaire de parquet, mais ceci est une autre histoire) est louable, il est néanmoins nécessaire de s’assurer de posséder – au-delà de l’enthousiasme – une partie des compétences nécessaires à accomplir son grand dessein.

En l’absence de ces éléments de base, contredisant au passage le mille fois répété et gentiment rêveur « ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » de Mark Twain, il sera dit de l’aventurier parti escalader l’Annapurna en tongs ou du béotien voulant simplifier une procédure de l’administration française¹, qu’ils tentent de réformer le calendrier.

Faire preuve de démesure dans l’ambition se résume donc ainsi : réformer le calendrier. L’emploi de la formule doit bien évidemment être à la hauteur de la disproportion. L’on sait que décider de rejoindre la lune n’est pas réformer le calendrier, pas plus que se mettre en tête de traverser le Pacifique sur un frêle esquif, tout cela ayant été réalisé. Réformer le calendrier demande de l’exorbitant et de l’outrance.

Réformer le calendrier date du XVIᵉ siècle, et nous sommes même en mesure de dater précisément le jour de sa naissance : le 15 octobre 1582, jour nouveau succédant au 4 octobre 1582.

Oui lectrice, oui lecteur, il n’y a jamais eu de 5 octobre, ni de même de 6, de 7, de 8, de 9, 10, 11, 12, 13 et 14 en cette année 1582. Tout simplement parce que le pape Grégoire XIII venait de réformer le calendrier pour pallier le décalage du temps² et incidemment permettre à l’expression marquant la folie humaine dans sa volonté de contraindre des éléments qui la dépassent, de voir le jour.

Sans cette fondamentale volonté du Très Saint-Père (et le spectaculaire travail de Christophorus Clavius qui calcula tout le bastringue), aujourd’hui serait un autre jour et des affirmations aussi simple que Noël au balcon, Pâques aux tisons, sans nul doute obsolètes. Les Jeux Olympiques d’hiver tomberaient en juillet (en même temps que la Coupe du Monde de football, vous imaginez le bazar), les réunions du lundi auraient lieu le jeudi ou le samedi (ce qui serait regrettable car les réunions du lundi sont tellement agréables) et votre anniversaire pourrait avoir été supprimé, tout bonnement.

L’on comprend en étudiant l’histoire, combien réformer le calendrier est une entreprise grandiose.

C’est le décret n° 2016-238 du 3 mars 2016 relatif aux attributions déléguées au secrétaire d’État chargé de la réforme de l’État et de la simplification qui rendit réformer le calendrier surannée.

En nommant un ministre chargé « d’apporter son appui aux ministres intéressés dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des mesures visant à améliorer la qualité et l’efficacité des services publics et à en moderniser la gestion », la République française surpassa l’expression, la reléguant au rang de simple synonyme de changement, bien loin de son étymologie originale.

Réformer le calendrier avait trouvé plus immodérée qu’elle qui régnait pourtant depuis quatre cent cinquante années. Ce qui fait tout de même une belle carrière.

¹En réduisant par exemple le nombre de formulaires à remplir.
²Le temps se calant mal sur le calendrier. Quel con ce temps tout de même !

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