Auto-reverse [otorivèrs]

Fig. A. Le monde de l’auto-reverse.

[otorivèrs] (engl. HI-FI)
Il est des fonctions techniques que l’on croit éternelles. Le quidam des années surannées use de leurs termes avec d’autant plus de déférence qu’ils sont américains et marquent ainsi un territoire de compétences que la langue française n’atteint pas. La technologie c’est made in USA comme les petits plats c’est cuisiné en France.

Auto-reverse se pose là. Inscrit en lettres à bâtons soulignées de deux flèches tête bêche indiquant pour l’une la droite et pour l’autre la gauche, auto-reverse est à la Haute-Fidélité ce que la soupe aux truffes noires VGE est à la gastronomie : un signe d’excellence.

Comme sa composition le suggère à ceux qui maîtrisent la langue de Shakespeare, auto-reverse signifie retournement sans aide manuelle, et concerne particulièrement la cassette audio que l’on glisse dans le Walkman ou dans la chaîne Hi-Fi. Grâce à auto-reverse, lorsque la côté A de la cassette arrive à la fin de son déroulement, le côté B est lu automatiquement¹ (auto en anglais). Nul besoin d’ouvrir le compartiment, d’éventuellement rembobiner la cassette au moyen d’un stylo bille : auto-reverse s’occupe de tout.

Lorsqu’auto-reverse apparaît, les uns crient au génie, les autres dénoncent l’avilissement de l’Homme devant la machine qui prendra le contrôle du monde si on la laisse retourner elle-même les cassettes. Éternel combat des modernes et des anciens.

Les contradicteurs des deux bords verront bientôt auto-reverse devenir suranné, eux qui pensaient la fonction destinée à durer. Entraîné dans l’abîme avec la cassette et le Gettho-Blaster, auto-reverse rejoindra la cohorte des innovations obsolètes, les notions mêmes de retournement et de face B ou A disparaissant.

La chose numérique et moderne présente cette originalité de n’avoir ni dessus ni dessous, ni devant ni derrière et donc de traiter auto-reverse comme une option désuète. Inutile d’imaginer retourner la tendance.

¹Auto-reverse apparaît sur le WM-DD9 en 1989.

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