Ravi de la crèche [ravi de la krèS]

Fig. A. Héraldique à licorne du ravi de la crèche.

[ravi de la krèS] (loc. nom. ALLELU.)
Voilà une expression désuète dont la datation est aisée. En utilisant le conventionnel calendrier grégorien on la datera du 1. Voire même du 01/01/01.

De cet instant où l’on a commencé à compter selon la naissance d’un gonze dans une étable que ses parents-qui-ne-sont-pas-vraiment-ses-parents-mais-sont-quand-même-ses-parents, un âne, un bœuf, trois rois venus du Levant avec moutons et chameaux, et des bergers venus en voisins, contemplaient l’air ravis.

Car le ravi de la crèche n’est pas Jésus de Nazareth qui naquit sept jours avant l’an 1 de lui-même mais plutôt l’un de ces badauds, forcément subjugué par l’intuition de ce qui allait arriver par la suite : miracles en tous genres, retour de l’être aimé, fin des problèmes d’argent, santé, travail et réussite (mais ceci est une autre histoire).

On peut reconnaître facilement le ravi de la crèche à ce sourire d’une naïveté confondante qu’il arbore alors qu’il se trouve dans une crèche : c’est facile. Hors mangeoire pour moutons ou cambuse chauffée au souffle animal, le ravi de la crèche s’identifie avant tout grâce à cette candeur frôlant bien souvent la niaiserie qu’il peut exprimer dans la plus grande des innocences.

Le ravi de la crèche est un être sans vice pour qui le Mal n’existe pas.

Paradoxalement, au pays de la fille aînée de l’église le ravi de la crèche va connaître une trajectoire l’éloignant du mystique de sa condition première. Tout en conservant l’originalité de sa provenance, le ravi de la crèche va devenir ravi avant d’être de la crèche, se muant en idiot du village, en crétin des Alpes, en benêt de service à qui la vindicte populaire jettera des pierres lorsqu’elle se trouve en manque de victime expiatoire.

Chassé par des humains modernes s’asseyant sur leur bonté pour plus d’efficacité, le ravi de la crèche filera sourire aux anges et chevaucher des licornes à la tombée du soir¹. Dans la langue comme dans la vie, le connard a désormais fait du ravi de la crèche un être et une expression surannés.

¹Comme le chantait en 1981 le regretté Hervé Cristiani avec Il est libre Max.

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