Mollo [mòlo]

Fig. A. Le saviez-vous ? Le paresseux, ou aï, est aussi appelé mollo-mollo par les indiens Carajà d’Amazonie.

[mòlo] (adv. CHI VA PIAN. VA MOL.)
La mole (symbole mol) est la quantité de matière d’un système contenant autant d’entités élémentaires qu’il y a d’atomes dans 12 grammes de carbone 12. Bonne nouvelle, ce n’est pas elle qui est étymologiquement derrière l’adverbe sur lequel nous nous penchons ici. On l’a échappé belle.

Cependant ce même mol mène à mou, au masculin, mais à mou tout de même.

Ne nous emballons pas pour autant car il nous en voudrait, ce mot qui justement incite à l’apaisement, au calme, au pacifisme : mollo.

Volontiers doté d’une harmonieuse répétition, marquant sa quiétude ataraxique, mollo mollo dans ce cas s’utilise généralement avec le verbe aller, conjugué d’un bien étrange impératif pour exiger placidité; vas-y mollo mollo est le plus entendu à l’époque surannée où l’on prend le temps de faire, parce que rien ne sert de courir comme nous l’a appris la fable étudiée à l’école communale. Mollo tout seul existe et est alors, au choix, la marque sémantique de l’économie d’énergie prônée ou un ordre impérieux. Dans ce cas il s’exclamera : eh mollo !

Mollo vient vraisemblablement d’un croisement bâtard entre un chantant chi va piano va sano et un italinisé mol. Il est aussi possible que le latin mollio, is, ire, ivi (rendre moins fort) y soit pour quelque chose, prenant en mollo une déclinaison imaginaire certes mais pas totalement dissonante non plus. Réglons vite la question : les savants en langue morte ne savent pas; pas de débat.

Mollo est du registre suranné, se classant dans l’exigence alcyonienne un cran plus familier que minute papillon. Dans les deux cas on se calme et on boit frais à Saint-Tropez comme le disait le regretté Max Pécas qui ne marqua pas le septième art avec ce long métrage sorti en 1987, mais dont le titre demeure utilisé dans les dîners en ville ou dans les barbecues au camping (mais ceci est une autre histoire).

Mollo et mollo mollo vécurent donc une carrière d’usage très honorable tout au long de ces années paisibles comme un long fleuve tranquille, à peine perturbées par de plus autoritaires vas-y mollo de temps à autre.

Le , le vers entre dans le fruit : la Société Nationale des Chemins de Fer Français se lance dans l’étude de possibilités ferroviaires à très grande vitesse sur infrastructures nouvelles (sic). Celle qui nous menait jusqu’à Brive-la-Gaillarde en train d’une nuit complète, celle qui nous mettait Lyon si loin qu’on y allait rarement, et celle qui conduisait les bidasses en Allemagne en prenant tout son temps, se prend soudain d’aller plus vite. Mais pourquoi donc ? Nul ne le sait vraiment.

En 1981 elle met en service son train orange qui va très vite : 380 km/h. Elle vient de condamner mollo aux oubliettes.

Mollo se fait la malle, humilié et surtout inutile. Plus rien n’ira jamais mollo.

Tout ça pour qu’aujourd’hui plus rien n’aille jamais assez vite.

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