Olivier Genevois

Enfant sauvage capturé dans les bois par les hommes vers l’âge de 3 ans, je ne parlais alors que le latin comme les loups qui m’avaient nourri. Confié à des moines Shaolin qui m’enseignèrent l’art ancestral du kung-fu 少林功夫, revendu à un laboratoire pour des expérimentations militaires, j’ai ensuite développé d’étranges capacités qui me permettent de me mouvoir dans tous les univers, du bistrot de province (Au père tranquille, le Penalty, Vaut mieux être ici qu’en face, Balto, etc.) au cocktail ampoulé (inauguration, vernissage, avant-première, bal des débutantes…) et surtout d’y parler le langage adéquat. Ce super-pouvoir m’a doté des terribles mots surannés capables de terrasser des dragons, d’escalader des montagnes, de courir des centaines de kilomètres, de braver des animaux sauvages, de faire se lever des foules entières. Des tas de trucs pour faire le malin mais rien pour séduire les femmes.

Donner un coup de grelot [dòné ê ku de ɡrelo]

Fig. X. Nokia 2110 et sa sonnerie Nokia Tune.

[dòné ê ku de ɡrelo] (loc. verb. DRIN.)
Certains coups font plaisir. Hors cercles d’initiés s’adonnant aux pratiques chères au bon marquis de Sade s’entend. Et hors zinc du Balto aussi (même s’il est évident qu’un petit coup de jaja plaît toujours).

Aussi surprenant que cela puisse paraître aux plus récents habitants de cette planète ne maîtrisant pas la langue surannée (ceux nés du millénaire en cours), leurs aînés échangeaient autrefois des coups sans violence aucune, à l’aide d’un grelot. Dring-dring, suivez le guide.

Et ta sœur ? [é ta sër ?]

Fig. A. Querelleurs faisant appel à leur sœur pour trancher un différend.

[é ta sër ?] (gr. nom. INTERJ.)
Sans même posséder la moindre certitude sur la composition de la fratrie d’un interlocuteur, il était possible, dans les temps surannés, de l’interroger abruptement sur l’avis de sa frangine sur telle ou telle question. Le plus souvent d’ailleurs sur un point de désaccord. La demoiselle était sommée de se poser en juge de paix en quelque sorte.

Chaud comme une baraque à frites [So kòm yn barak a frit]

Fig. F. Frites chaudes dans leur cornet de papier journal traditionnel. Courtesy from The French fries museum, NY.

So kòm yn barak a frit] (loc. adj. PDT.)
La frite à dorer¹, Chez Michel et Véronique¹, Tutty Friterie¹, Frank Frites & Burgers¹, La Frite Rit¹, sont autant d’établissements réputés (dans leur quartier voire plus loin) pour leur savoir-faire en cuisson de bâtonnets de pomme de terre puis assaisonnement en sel et accompagnement en sauce ketchup, moutarde, mayonnaise.

Mettre le paquet [mètre le pakè]

Fig. A. Paquet en attente de livraison dans un bureau de Poste.

La différence entre le bon et le mauvais goût, entre l’acceptable et le récusable, entre le public et l’intime, tient dans la main. Autant dire qu’elle ne pèse pas bien lourd et que sa subtilité pourra paraître déroutante à qui ne maîtrise pas le langage suranné.

Voici bien heureusement de quoi aider le béotien.

Prendre une avoinée (se) [prâdr yn avwané]

Fig. A. « La prise de l’avoinée », artiste anonyme, mai 1968.

[prâdr yn avwané] (loc. verb. ADADA.)
La propension de la langue à transcrire en expressions culinaires peut entraîner la nausée. Mais le français suranné ne saurait échapper à la culture dans laquelle il mijote, aussi l’accompagnerons-nous en cuisine pour la définition que voici.

NB : attention, cette notice contient des violences faites aux animaux et aux étudiants.